Acheter un bien F ou G à prix décoté pour le rénover : la stratégie qui revient en force

7 minutes

: Les biens classés F ou G se négocient 10 à 20 % moins cher. Comment calculer si la décote couvre vraiment les travaux, et comment structurer l'opération pour ne pas se tromper.

Il y a trois ans, acheter une passoire thermique était perçu comme une prise de risque inconsidérée. Les interdictions de mise en location se profilaient, les acheteurs fuyaient ces biens, et les vendeurs commençaient à peine à comprendre que leur F ou leur G allait leur coûter cher. Aujourd'hui, la situation s'est stabilisée dans une configuration intéressante pour les acheteurs avertis : les décotes sont réelles et documentées, les aides à la rénovation sont nombreuses, et le projet de loi Jeanbrun vient d'ouvrir une fenêtre supplémentaire pour les bailleurs propriétaires de ces biens. La stratégie d'achat d'un bien énergivore à prix décoté pour le rénover n'est pas nouvelle, mais elle n'a jamais été aussi bien encadrée qu'aujourd'hui.

Ce qui suit n'est pas un article optimiste qui survend cette stratégie. C'est une analyse froide de ce qui fonctionne, de ce qui ne fonctionne pas, et des questions à se poser avant de signer.

La décote réelle : ce que disent les données

Commençons par les chiffres, parce que c'est là que tout commence. La décote sur les biens F et G existe, elle est mesurable mais elle n'est pas uniforme.

Selon les données des notaires de France et les retours d'opérateurs publiés en 2026, un bien classé F ou G se négocie en moyenne entre 10 et 20 % moins cher qu'un bien équivalent classé D ou mieux, dans la même rue, au même étage, avec la même surface. Cette fourchette large cache des réalités très différentes selon les territoires.

Dans les marchés tendus, Paris, Lyon, Rennes, Bordeaux, la décote est plutôt dans le bas de la fourchette, autour de 10 à 12 %. Dans les marchés moins tendus ; villes moyennes et zones rurales, la décote peut atteindre 20 à 25 %, parce que le nombre d'acheteurs potentiels est plus faible et parce que le risque locatif perçu est plus important.

À Tours, où le prix au m² dans l'ancien oscille autour de 2 700 €, un appartement F ou G bien situé peut se négocier autour de 2 300 à 2 400 €. Sur un T3 de 65 m², ça représente une économie de 19 500 à 26 000 € par rapport au prix d'un bien similaire mieux classé. C'est la somme que vous avez à disposition pour financer les travaux, ou du moins une partie.

La question centrale : la décote couvre-t-elle vraiment les travaux ?

C'est la seule question qui compte vraiment, et c'est celle que la plupart des acheteurs ne se posent pas correctement avant de signer.

La logique de la stratégie est simple en apparence : si un bien est décoté de 20 000 € parce qu'il est classé G, et que les travaux pour le remonter en D coûtent 15 000 €, vous avez réalisé une opération gagnante, vous avez un bien rénové pour un coût total inférieur au prix d'un bien déjà rénové. Mais cette logique suppose que vous estimez les travaux correctement avant d'acheter, ce qui est rarement le cas.

Le vrai calcul à faire est le suivant, et il doit être réalisé avant l'offre d'achat, pas après :

Coût total de l'opération = Prix d'achat + Frais de notaire + Coût réel des travaux − Aides obtenues

Ce coût total doit être inférieur au prix d'un bien équivalent rénové dans le même secteur. Si ce n'est pas le cas, la stratégie ne tient pas économiquement, peu importe à quel point la décote paraît attractive à première vue.

Le problème est que le "coût réel des travaux" est notoirement difficile à estimer sans l'intervention d'un professionnel compétent. Une mauvaise estimation sur un poste comme l'isolation par l'intérieur, le remplacement d'une chaudière ou la mise aux normes électrique peut transformer une opération rentable en gouffre financier. Et dans un bien ancien classé F ou G, les mauvaises surprises sont fréquentes : présence d'amiante, pont thermique structurel, toiture à refaire, sous-sol humide.

Comment estimer les travaux avant d'acheter

C'est l'étape que personne ne veut faire parce qu'elle prend du temps et coûte un peu d'argent. C'est pourtant la seule qui vous protège vraiment.

Faire réaliser un audit énergétique avant l'offre

Depuis le 1er avril 2023, la vente d'un bien classé F ou G est soumise à une obligation d'audit énergétique, un document plus détaillé que le simple DPE, qui identifie les travaux à réaliser, leur coût estimatif et le gain énergétique attendu. Ce document doit être remis à l'acheteur avant la signature du compromis.

L'audit énergétique est votre point de départ, mais il ne suffit pas. Il donne une estimation des travaux de rénovation énergétique, mais ne couvre pas les travaux de second œuvre, la mise aux normes électriques ou plomberie, ni les éventuels problèmes structurels. Lisez-le attentivement et demandez des devis d'artisans RGE sur les postes identifiés avant de faire une offre.

Amener un professionnel du bâtiment lors de la contre-visite

Un architecte, un maître d'œuvre ou un artisan expérimenté peut identifier en une heure de visite des problèmes qui vous échapperaient totalement. Ce n'est pas une dépense, c'est une assurance. Le coût d'une heure de consultation d'un architecte est sans commune mesure avec le coût d'une mauvaise surprise découverte après signature.

Lors de cette contre-visite, les points à examiner spécifiquement pour un bien F ou G sont : l'état de l'isolation (toiture, murs, plancher bas), le système de chauffage et son état, l'étanchéité des fenêtres, la présence d'humidité ou de condensation, l'état du tableau électrique, et la présence éventuelle d'amiante dans les matériaux (flocages, dalles, joints).

Demander un devis d'audit amiante ou de repérage amiante avant travaux

Pour tout bien construit avant 1997, un repérage amiante avant travaux est obligatoire dès lors que des travaux sont envisagés. Ce diagnostic est différent du diagnostic amiante parties privatives inclus dans le DDT, il est plus approfondi et identifie les matériaux susceptibles de contenir de l'amiante dans les zones qui seront touchées par les travaux. Son coût varie entre 300 et 800 € selon la taille du bien. Si de l'amiante est découverte, le désamiantage peut représenter un surcoût significatif qui doit entrer dans votre budget total.

Les aides disponibles : le vrai calcul

C'est là que la stratégie peut vraiment faire la différence, à condition de s'y prendre dans le bon ordre.

MaPrimeRénov'

Si vous achetez le bien pour en faire votre résidence principale et que vous réalisez des travaux de rénovation énergétique, vous pouvez être éligible à MaPrimeRénov'. Les montants varient selon votre niveau de revenus et la nature des travaux, cela peut aller de quelques centaines d'euros pour une action simple à plusieurs dizaines de milliers d'euros pour une rénovation globale avec fort gain énergétique. La règle absolue : la demande doit être déposée avant la signature du devis avec l'artisan, pas après. Commencez les démarches dès que vous avez signé le compromis.

Les Certificats d'Économies d'Énergie (CEE)

Cumulables avec MaPrimeRénov' dans la plupart des cas, les CEE représentent une prime versée par les fournisseurs d'énergie. Pour des travaux d'isolation ou de remplacement d'une chaudière, les montants peuvent être significatifs. Là aussi, la demande doit précéder la signature du devis. Comparez les offres sur faire.fr avant de choisir votre artisan.

La TVA à taux réduit

Les travaux d'amélioration énergétique dans un logement de plus de deux ans bénéficient d'une TVA à 5,5 %. Les autres travaux d'amélioration bénéficient d'une TVA à 10 %. Sur un chantier de 40 000 €, la différence entre la TVA à 20 % et la TVA à 5,5 % représente environ 5 800 € d'économie. Vérifiez systématiquement que vos artisans appliquent le bon taux, certains facturent à 20 % par défaut.

Les deux erreurs les plus fréquentes dans cette stratégie

Erreur 1 : Sous-estimer le coût réel des travaux

C'est l'erreur la plus commune et la plus coûteuse. Un acheteur voit un bien décoté de 25 000 €, estime mentalement que les travaux coûteront "environ 20 000 €", et signe. Une fois propriétaire, il découvre que l'isolation par l'intérieur va réduire la surface habitable, que le tableau électrique doit être entièrement refait, et que la chaudière qu'il pensait conserver est en fin de vie. Le chantier finit à 50 000 € au lieu des 20 000 € prévus.

La règle d'or : ne jamais estimer les travaux soi-même. Toujours obtenir au moins deux devis d'artisans compétents, réalisés après une visite sur place, avant de faire une offre.

Erreur 2 : Ne pas vérifier l'étiquette réellement atteignable

Tous les biens F et G ne peuvent pas être ramenés à la même étiquette avec le même budget. Un appartement F dans un immeuble haussmannien avec des murs en pierres de taille épais peut être difficile à isoler par l'extérieur (façade classée) et avoir une isolation par l'intérieur limitée par la configuration des pièces. Dans ces cas, même un investissement important en travaux ne permettra pas d'atteindre l'étiquette D ou C. L'audit énergétique obligatoire doit préciser l'étiquette atteignable et le coût pour y parvenir, vérifiez ce point avant de vous engager.

Le cas particulier du projet de loi Jeanbrun pour les bailleurs

Le projet de loi relatif à la relance du logement introduit une dérogation temporaire qui change partiellement la donne pour les investisseurs locatifs.

Jusqu'à présent, un bailleur propriétaire d'un bien classé G ne pouvait plus le mettre en location depuis janvier 2025. La seule option était de rénover avant de louer, ce qui supposait de financer les travaux sans revenus locatifs pendant toute la durée du chantier.

La dérogation proposée par le texte permet à un bailleur qui s'engage formellement sur un plan de travaux de continuer à louer pendant 3 ans (5 ans en copropriété) le temps de financer et de réaliser la rénovation. C'est un changement de logique important : au lieu de devoir rénover avant de percevoir des loyers, le bailleur peut percevoir des loyers pendant qu'il prépare et finance les travaux.

Pour un investisseur qui achète un bien F ou G à prix décoté avec l'intention de le rénover, c'est une bouffée d'air. Cela lui laisse le temps de mettre en place le financement des travaux, de choisir les artisans, de déposer les demandes d'aides, et de planifier le chantier sans avoir à supporter la double charge d'un bien vide et d'un crédit en cours de remboursement.

Attention cependant : cette dérogation n'est pas encore adoptée définitivement. Le texte est en cours d'examen parlementaire et son contenu final peut évoluer. Ne bâtissez pas votre plan d'investissement sur une mesure non encore adoptée.

Les profils pour qui cette stratégie fonctionne vraiment

Cette stratégie n'est pas universelle. Elle fonctionne bien dans certaines configurations et moins bien dans d'autres.

Elle fonctionne bien si vous avez du temps pour gérer un chantier ou les moyens de le déléguer à un maître d'œuvre, si vous avez un apport suffisant pour financer les travaux en complément du prêt immobilier, si vous êtes dans un marché où la demande locative ou de revente est forte, et si vous avez fait estimer les travaux par un professionnel avant de signer.

Elle fonctionne moins bien si vous achetez votre résidence principale et que vous avez besoin d'emménager rapidement. Un chantier de rénovation énergétique prend du temps et rend souvent le bien inhabitable pendant les travaux. Si votre budget est serré et que vous n'avez pas de marge pour les mauvaises surprises. Si vous êtes dans un marché peu tendu où la valeur finale du bien rénové ne compensera pas le coût total de l'opération.

Un exemple complet pour voir si les chiffres tiennent

Prenons un cas concret à Tours pour illustrer le calcul complet.

Un T3 de 65 m² en centre-ville, classé F, affiché à 175 000 € (soit environ 2 690 €/m²). Un bien similaire classé C dans la même rue est affiché à 205 000 €. La décote est donc de 30 000 €.

L'audit énergétique identifie les travaux suivants pour atteindre l'étiquette D : isolation des combles pour 4 500 €, remplacement de la chaudière au fioul par une pompe à chaleur air-eau pour 9 000 €, remplacement des fenêtres simple vitrage pour 8 000 €. Total travaux estimé : 21 500 €.

Aides obtenues : MaPrimeRénov' 6 200 € (revenus intermédiaires, pompe à chaleur), CEE 1 800 €, TVA à 5,5 % sur l'isolation et la chaudière (économie d'environ 1 100 € par rapport à la TVA à 20 %). Total aides : 9 100 €.

Coût net des travaux : 21 500 − 9 100 = 12 400 €.

Coût total de l'opération : 175 000 (achat) + 14 000 (frais de notaire à 8 %) + 12 400 (travaux nets) = 201 400 €.

Prix d'un bien équivalent rénové : 205 000 €.

Le résultat est légèrement favorable, vous obtenez un bien rénové pour 3 600 € de moins que le prix du marché. Mais cette marge est faible et laisse peu de place aux imprévus. Si les travaux dépassent de 5 000 €, l'opération est à l'équilibre ou légèrement défavorable.

Ce calcul illustre un point important : la stratégie passoire thermique n'est pas systématiquement gagnante. Elle l'est quand la décote est suffisamment importante et les travaux suffisamment bien estimés. Elle ne l'est pas quand la décote est faible et les travaux sous-estimés.

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FAQ

Peut-on obtenir un crédit immobilier sur un bien classé F ou G ?

Oui, sans restriction. Les règles de classification DPE n'ont aucun impact sur l'octroi d'un crédit immobilier. En revanche, certaines banques peuvent exiger que les travaux de rénovation soient inclus dans le plan de financement global, notamment si vous achetez pour louer et que le bien n'est plus louable en l'état. Certains établissements proposent des prêts travaux intégrés dans le crédit immobilier, c'est une option à explorer avec votre courtier.

Un bien G peut-il être ramené en C avec un budget raisonnable ?

Ça dépend entièrement du bien et de sa configuration. Certains appartements G ont été mal classés parce que leur chauffage est électrique avec des convecteurs, remplacer le chauffage par une pompe à chaleur peut suffire à passer en C. D'autres biens sont G parce que l'enveloppe du bâtiment est fondamentalement mauvaise ; murs non isolés, fenêtres simple vitrage, pont thermique structurel, la rénovation coûtera alors bien plus cher. L'audit énergétique obligatoire doit vous dire quelle étiquette est atteignable et à quel coût.

Faut-il acheter en nom propre ou via une SCI pour cette stratégie ?

Pour une résidence principale, la question ne se pose pas vraiment, l'achat en nom propre est la solution standard. Pour un investissement locatif, le choix dépend de votre situation fiscale globale. Une SCI à l'IS permet d'amortir le bien et les travaux, ce qui peut être avantageux si vous avez des revenus locatifs importants. Une SCI à l'IR est plus simple à gérer mais moins avantageuse fiscalement. Une consultation avec un conseiller en gestion de patrimoine ou un expert-comptable spécialisé en immobilier est recommandée avant de choisir la structure.

La dérogation du projet de loi Jeanbrun s'applique-t-elle immédiatement ?

Non, au moment de la publication de cet article, le texte est encore en cours d'examen parlementaire. La dérogation n'est pas encore adoptée et son contenu définitif peut encore évoluer. Ne prenez pas de décision d'investissement en vous basant uniquement sur une mesure non encore en vigueur.

Quels artisans dois-je utiliser pour bénéficier des aides ?

Pour la quasi-totalité des aides à la rénovation énergétique : MaPrimeRénov', CEE, vos artisans doivent être certifiés RGE (Reconnu Garant de l'Environnement). Cette certification est obligatoire, pas optionnelle. Vous pouvez vérifier la certification RGE de n'importe quel artisan sur le site faire.fr. Utiliser un artisan non certifié vous prive automatiquement de toutes les aides, même si votre dossier a été déposé dans les règles.